Quand l'homme est arrivé à la pleine possession de ses facultés, s'il ne s'en sert pas pour tenter son relèvement, ou si après l'avoir tenté, il échoue, il se fait en lui comme une chute seconde, plus apparente peut-être que la première aux yeux mortels, plus dégradante, plus douloureuse.


quand-l'homme-arrivé-à-pleine-possession-de-facultés-s'-ne-s'-sert-tenter-relèvement-après-l'-tenté-échoue-se-lui-une-chute
henri-frédéric amiell'hommearrivépleinepossessiondefacultéss'ilnes'enserttenterrelèvementaprèsl'avoirtentééchoueseluiunechutesecondeplusapparentepeutêtrepremièreauxyeuxmortelsdégradantedouloureusel'homme estest arrivéarrivé àla pleinepleine possessionpossession dede sesses facultéss'il nene s'ens'en sertsert paspour tentertenter sonson relèvementsi aprèsaprès l'avoirl'avoir tentéil échoueil sese faiten luilui commecomme uneune chutechute secondeplus apparentela premièrepremière auxaux yeuxyeux mortelsplus dégradanteplus douloureusequand l'homme estl'homme est arrivéest arrivé àarrivé à laà la pleinela pleine possessionpleine possession depossession de sesde ses facultéss'il ne s'enne s'en serts'en sert passert pas pourpas pour tenterpour tenter sontenter son relèvementou si aprèssi après l'avoiraprès l'avoir tentéil se faitse fait enfait en luien lui commelui comme unecomme une chuteune chute secondeque la premièrela première auxpremière aux yeuxaux yeux mortels

L’homme n’est point cet être débonnaire, au cœur assoiffé d’amour, dont on dit qu’il se défend quand on l’attaque, mais un être, au contraire, qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne somme d’agressivité. Pour lui, par conséquent, le prochain n’est pas seulement un auxiliaire et un objet sexuel possibles, mais aussi un objet de tentation. L’homme est, en effet, tenté de satisfaire son besoin d’agression aux dépens de son prochain, d’exploiter son travail sans dédommagements, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ses biens, de l’humilier, de lui infliger des souffrances, de le martyriser et de le tuer.L'homme n'est point cet être débonnaire, au cœur assoiffé d'amour, dont on dit qu'il se défend quand on l'attaque, mais un être, au contraire, qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne somme d'agressivité. Pour lui, par conséquent, le prochain n'est pas seulement un auxiliaire et un objet sexuel possibles, mais aussi un objet de tentation. L'homme est, en effet, tenté de satisfaire son besoin d'agression aux dépens de son prochain, d'exploiter son travail sans dédommagements, de l'utiliser sexuellement sans son consentement, de s'approprier ses biens, de l'humilier, de lui infliger des souffrances, de le martyriser et de le tuer.Mais le bonheur ne peut jamais avoir lieu. Si les circonstances arrivent à être surmontées, la nature transporte la lutte du dehors au dedans et fait peu à peu changer assez notre cœur pour qu'il désire autre chose que ce qu'il va posséder. Et si la péripétie a été si rapide que notre cœur n'a pas eu le temps de changer, la nature ne désespère pas pour cela de nous vaincre, d'une manière plus tardive il est vrai, plus subtile, mais aussi efficace. C'est alors à la dernière seconde que la possession du bonheur nous est enlevée, ou plutôt c'est cette possession même que par ruse diabolique la nature charge de détruire le bonheur. Ayant échoué dans tout ce qui était du domaine des faits et de la vie, c'est une impossibilité dernière, l'impossibilité psychologique du bonheur, que la nature crée. Le phénomène du bonheur ne se produit pas ou donne lieu aux réactions les plus amères.Exercer les nobles facultés de l'homme est un grand bien, voilà pourquoi la poésie est une belle chose. Mais doubler ses facultés, avoir deux ailes pour monter au ciel, presser un coeur et une intelligence sur son intelligence et sur son coeur, c'est le bonheur suprême. Dieu n'en a pas fait plus pour l'homme ; voilà pourquoi l'amour est plus beau que la poésie. Voilà pourquoi aussi je tiens tant à l'intelligence dans la femme que j'aimerai ;.La fidélité, de ce fait, est incluse dans l’amour de la femme, elle découle de la définition même de cet amour : chez l’homme elle peut facilement naître à la suite de son amour, - et cela si peu que l’on aurait quelque droit de parler d’une contradiction naturelle entre l’amour et la fidélité chez l’homme : lequel amour n’est autre chose qu’une volonté d’avoir et non point un renoncement ni un abandon : or la volonté d’avoir cesse régulièrement, dès qu’il y a possession. .. En réalité, chez l’homme, lequel ne s’avoue que rarement et tardivement cet avoir, c’est la soif plus subtile et plus soupçonneuse de posséder qui fait subsister son amour : de la sorte, il est même possible qu’il s’accroisse encore après l’abandon de la femme - l’homme n’admet pas aisément qu’une femme n’ait plus rien à lui abandonner.Une première chute, pour qui ne se corrige, entraîne une seconde chute.